Bienvenue dans ce nouvel article de la série « Découvrez mon métier en télésanté ». Chaque mois, notre équipe va à la rencontre d’un professionnel ou d’une professionnelle œuvrant dans le domaine de la télésanté. En quelques questions, vous découvrez ainsi qui sont ces personnes travaillant fort, et parfois dans l’ombre, pour mettre de l’avant la pratique de la télésanté au Québec. Découvrez également comment les modalités de soins virtuels s’intègrent dans leur quotidien.
Cette fois, c’est à l’Institut de cardiologie de Montréal, proche du Parc Olympique que nous avons rendez-vous avec notre personnalité du jour.
Le sourire aux lèvres, Isabelle Lusseyran accueille chaleureusement notre équipe et leur fait visiter. Après la visite, nous trouvons un endroit calme pour discuter.
Que faites-vous dans la vie?
Je suis conseillère en excellence des pratiques, innovation et télésanté, à l’Institut de cardiologie de Montréal. Je suis donc répondante télésanté, aux côtés de ma collègue Lucienne Nader. Nous sommes dans l’équipe de transformation numérique, au sein de la Direction des ressources technologiques et informationnelles (DRTI) de l’ICM.
Notre rôle en tant que répondantes télésanté est de :
- soutenir le déploiement et la pérennisation des services de télésanté à l’ICM;
- être à l’affût des besoins cliniques;
- accompagner les équipes cliniques et les chargés de projets technologiques dans la mise en place, le maintien et l’amélioration continue des services;
- promouvoir la télésanté à l’ICM;
- collaborer avec l’ensemble du RQT pour échanger des pratiques et se soutenir.
On essaye d’être les locomotives de la télésanté dans l’établissement. C’est super car on a de plus en plus d’écoute mais il ne faut jamais relâcher les efforts.
Les services de télésanté sont de plus en plus présents et essentiels dans le parcours de soins des patients. Ils offrent une alternative aux consultations et soins en personne, permettant aux patients de choisir l’option qui correspond le mieux à leurs préférences et à leur capacité de déplacement. En complément des services traditionnels, la télésanté enrichit l’offre de service en transformant les périodes entre les épisodes de soins en occasions d’apprentissage, de surveillance et de suivi à distance, selon la condition de santé du patient.
Comment les patients bénéficient de la télésanté à l’ICM?
Nous proposons divers services de télésanté destinés aux patients. Cela inclut la téléconsultation offerte par plusieurs services cliniques, la télésurveillance ou encore la télééducation, sous forme de programme en ligne ou de groupes virtuels.
Notre vision est d’offrir une télésanté à 360°, en assurant un suivi optimal du patient grâce à une gamme complète de services, tant en présentiel qu’à distance.
Ici, tout est centré sur le parcours du patient et la télésanté ne fait pas exception. On veut pouvoir offrir les services aux patients au bon moment pour eux. L’idée est donc de développer une offre de service plus complète et plus diversifiée. Tout cela au bénéfice des patients pour leur éviter les déplacements, faciliter l’accès aux soins pour ceux qui sont à mobilité réduite ou qui sont très malades.
Notre établissement offre des services de 3e et 4e lignes. La portée de nos services et de notre expertise en cardiologie est donc provinciale, voire internationale. Nous avons beaucoup de patients qui viennent de loin, et qui ont des conditions de santé complexes. Nombreux sont ceux qui font plusieurs heures de voiture, ou qui prennent l’avion pour venir à l’ICM. Ils doivent se faire accompagner, payer le transport, les nuits d’hôtel, etc. Les services de télésanté permettent de réduire les déplacements non nécessaires et contraignants. De plus, comme nous traitons des patients atteints de maladies cardiovasculaires (souvent chroniques), la télésanté peut s’avérer utile pour suivre des patients sur une longue durée, comme ceux qui ont un pacemaker.
On a tout intérêt à développer des services qui vont permettre de suivre le patient à distance à long terme pour lui éviter de se déplacer systématiquement et renforcer la qualité des soins.
Par ailleurs, la télééducation permet d’informer et d’accompagner le patient dans la gestion de son état de santé. Par exemple, le programme en ligne de la clinique de Thérapie Valvulaire Transcathéter (TVT) rappelle les conseils et exercices des professionnels de la santé pour guider le patient dans sa préparation et son rétablissement après sa procédure et l’oriente vers les bonnes ressources en fonction de ses symptômes.
Vous avez un parcours atypique et international, qu’est-ce qui vous a amenée à travailler en télésanté?
Depuis mon enfance, ma famille m’a transmis la passion des voyages, de l’aventure et la découverte de nouvelles cultures. J’ai aussi toujours été attirée par les sciences et notamment les sciences de la vie. J’ai donc voulu retrouver ce domaine, dans le contexte de mes études de commerce et de mes expériences professionnelles à l’international.
Lors d’une mission humanitaire en Bolivie, j’ai réalisé que je voulais travailler sur l’accès aux services et soins de santé et aux médicaments pour les populations vulnérables. C’est ce qui m’a décidée à m’orienter vers la filière santé de mon école. J’ai effectué un stage marquant dans une fondation, dont la mission était de promouvoir le don de sang de cordon ombilical pour recueillir des cellules souches destinées à des greffes, afin de sauver des vies. Ces deux expériences furent une révélation.
C’est confirmé, j’ai trouvé ma voie! Je veux avoir un impact dans la vie des gens.
Après quelques expériences en marketing dans l’industrie pharmaceutique, en France puis au Québec, je me suis tournée vers l’innovation en santé. En 2014, je suis devenue bénévole dans l’organisation Hacking Health, un organisme à but non lucratif dont la mission est de stimuler l’innovation en santé. Je suis ensuite devenue directrice des partenariats de l’organisme. Mon rôle était de rassembler les parties prenantes pour favoriser la collaboration et la cocréation de solutions innovantes répondant à des enjeux concrets. C’est lors de cette expérience que j’ai été mise en contact avec l’ICM et c’est ainsi que j’ai obtenu, en 2019, mon poste actuel.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton travail?
J’apprécie le contact humain, le fait de préparer l’avenir de la santé et d’aider le système à progresser. Se dire que l’on aide des personnes à aller mieux, avoir un impact dans leur vie et être à l’affût des besoins pour apporter des solutions, c’est très motivant! Dans mon travail, j’ai le privilège d’être à l’intersection entre la technologie et l’humain.
Être entourée de personnes dont le travail est centré sur la santé des autres est une source constante de motivation et d’inspiration. J’aime le fait de travailler au quotidien sur des enjeux essentiels pour notre société, comme l’amélioration de l’accès aux soins, notamment pour les populations vulnérables. Les patients, leurs familles et les intervenants de la santé sont pour moi des héros du quotidien. J’aime penser que j’apporte ma part à cet effort collectif.
Ma formation et mon expérience m’aident à tous les niveaux dans mon travail :
- J’intègre les dimensions stratégiques et la pensée marketing (comprendre les besoins des utilisateurs, comment bien définir et promouvoir son produit en fonction de sa cible, transformer des idées en produits, etc.);
- Je suis sensible aux défis des entrepreneurs et de l’innovation (résistance au changement, accès au financement, importance d’une approche pluridisciplinaire, etc.);
- Je promeus la collaboration, en impliquant systématiquement toutes les parties prenantes en tant que partenaires des projets (patients partenaires, professionnels de la santé, etc.);
- Enfin, grâce à mon expérience en négociation et en partenariats : j’identifie les besoins, les attentes, les intérêts communs afin de bâtir des collaborations solides et des solutions gagnant-gagnant.
Quel est ton plus grand défi dans ton travail?
Il est parfois difficile de faire avancer les choses, d’avoir une posture agile dans un système aussi régulé et d’innover en temps de coupures budgétaires. Mais ces défis nous stimulent car ils nous poussent à être encore plus créatifs et innovants pour trouver des solutions. J’ai la chance de faire partie d’une équipe qui partage cette vision. Nous devons être patients et résilients, et ne pas abandonner car les patients ont besoin de ces solutions.
Peux-tu me parler d’un projet qui t’a marquée ou dont tu es fière?
Sans que ce soit un projet en particulier, je suis fière du travail que nos équipes ont réalisé pour lancer plusieurs services en pleine pandémie, une situation hors du commun. Tout était dans l’urgence, mais il fallait tout de même respecter les standards de qualité, former les gens et les outiller. Dans ce contexte difficile, la collaboration et l’engagement des équipes à adapteur leurs pratiques ont été exceptionnels. Cela a permis de maintenir l’accès aux services, en les migrant autant que possible, vers le virtuel.
Quel super pouvoir te serait le plus utile dans ton métier?
Pouvoir me mettre à la place de n’importe qui – pouvoir me mettre dans la peau d’un patient, d’un clinicien, d’un technicien informatique, etc. Cela me permettrait de comprendre en profondeur tous les enjeux et besoins spécifiques, de parler leur langage et de m’adapter à chacun.
Qu’est-ce qui est le plus important quand on exerce ta profession?
L’écoute, l’empathie, la communication, la collaboration, l’engagement, la passion, la résilience et parfois même l’acharnement pour arriver à avancer!
C’est aussi important de savoir faire preuve de leadership, d’être capable de mobiliser et de fédérer les équipes. Mais aussi de savoir s’adapter car nous travaillons dans un environnement en évolution constante, avec des besoins et des contraintes qui évoluent au quotidien.
À l’ère des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle, il est très tentant de se laisser séduire, mais il ne faut pas en oublier l’intelligence humaine. Il est plus que jamais essentiel de rester attentif au fait que nous travaillons avec des humains et pour leur bien-être. Nous sommes là pour prendre soin de nous-mêmes et des autres. La technologie est un outil qui nous aide à être plus efficaces et autonomes, mais c’est la dimension humaine qui reste essentielle pour avancer en tant qu’individu et société.

Un mot de la fin pour nos lecteurs?
Quand j’étais en début de carrière, on m’avait dit qu’il fallait absolument faire des choix stratégiques en matière d’emploi.
J’ai plutôt découvert que quand on suit ses valeurs, son cœur et ce qui nous inspire vraiment en allant vers les projets qui nous motivent, tout prend du sens avec le temps. Et ce peu importe si on a parfois l’impression de sauter du coq à l’âne et de suivre un parcours plus éclectique. Finalement, quel bonheur de se dire que dans chacune de ces expériences, on a vécu à fond, on a travaillé sur des sujets passionnants et on a rencontré des personnes variées et inspirantes!
Nos « réussites » et nos « échecs » sont des occasions d’apprentissage qui nous aident à mieux nous connaître, à déterminer ce que l’on veut dans la vie et ce que l’on peut apporter au monde.
Vous travaillez dans le secteur de la télésanté?
Sachez que vous êtes unique et votre façon d’exercer votre métier aussi! Et si c’était vous notre prochain portrait? Contactez-nous pour qu’on en discute : Formulaire de contact pour les actualités du Portail RQT (accessible uniquement aux abonnés M365 du RSSS). On a déjà hâte de découvrir votre apport à la télésanté!
